Mme Moreno
Suites à vos commentaires...
L'acte d'accuser, voilà qui bien sied à ceux et celles qui, du haut de leur acropole, dictent, ordonnent, jugent et châtient. Bien sûr, ces mêmes-la, de leurs hauts cieux, nuls torants, éclairs ou ouragans ne les y peuvent sâlir. Et encore que des actions patentes dont ils fussent jadis l'étendard, d'on ne sait trop comment, s'en retrouvent alors lavées leurs âmes puériles et perfidimanqués. Mystère... Puis les y revoilà : tout beaux, frais, pissants-pisseuses, tout clair-semés, neufs, remballés et bien rangés; sur l'étagère, un prix bien en vu. Ou pas. Résurection : religieux, donc? Ou encore pas : n'est-ce pas encore que l'oublie, voilà tout, sorte de consciente inconscience de soi? Et des autres, aussi? Il y a tant à dire, à penser; l'altruiste, le philanthrope, le désintéressé, il le peut bien, lui... C'est naturel : à celui qui dictent les droits, celui-là, il a forcément tous les droits! Mais oui! C'est lui, c'est eux : ceux et celles dont la grandeur est telle qu'ils s'en aguérissent des imparfaits, ils sont parfaits, eux! Divins? Ah! Mais remercions-les donc d'aussi humblement refléter nos sombres ombres pâles à travers la réflexion de leurs trop purs prismes... Humains? Trop humain!
Ardue l'intro, je sais bien. Je suis ainsi, trop. Toujours trop! L'intensité effrait et condamne à l'isolement, à la solitude... Quand on est fort, on s'en accomode; les autres s'y noient. Longuement.
J'aime pas l'école, j'ai toujours préferé le "je": plus authentique, plus vrai, plus sincère et fidèle. La troisième personne dispense d'accusations futures, nous confère une autorité frauduleuse, religeuse : c'est facile. C'est lâche même.
Jeune, je mentais moi aussi. J'étais menteur, par faiblesse : le "tu", le "il", tout cela me convenait, m'était confortable... Je sais bien, le sait bien "trop" : j'ai été lâche.
Voilà qu'il y a quelques jours, madame Moreno, nous nous rencontrâmes, quartier Rosemont. Comme ça, j'ai cogné à votre porte, vous avez ouvert. "Voulez-vous signer pour que Lisée soit candidat à la cheferie du partie québecois?", vous ai-je dit. "non" que vous m'avez répond, que pour vous, Lisée était un "salop". "Fine! que j'ai pensé, à chacun son opinion!" Mais voilà que je voulus comprendre, voulus savoir pourquoi : "Tu n'attaques pas un autre péquiste!" que vous avez argué. Fine again! Puis j'ai insisté ; vous de même. "Vous ne voulez même pas qu'il fasse parti du débat?" Hum...
J'ai dû, finalement, abdiquer: y avait rien à faire... J'en fus même ébaudi.
Je suis donc reparti, en dis aussitôt mot à mon coéquipier. : ça nous a fait bien rigoler. Puis ça nous a fait moins rigoler, puis plus du tout.
"Je suis écrivaine" que vous m'aviez-dit. J'ai donc voulu lire, vous lire. Et puis voila: aucun "je"...
Sur ma liste, noms et adresses des péquistes à solliciter pour atteindre les 2000 signatures requises afin que Lisée puisse être, lui aussi, dans la course à la cheferie. Vous en faisiez partie, en faites toujours partie. "On n'attaque pas un péquiste", reprochez-vous à Lisée, du fait qu'il ait soulevé le point qu'un candidat détenait plus de 50% d'un medium d'importance, et ce, là même où il se présente, ce candidat...
Quand on sait qu'il y a une relation de cause à effet entre le temps d'antenne dans les média et la performance lors du scrutin, y a pas photo!
Le malaise qui, en descendant les marches de votre appartement, naquit en moi, c'est le même que j'éprouve toujours face à l'incongruence : qu'une péquiste "bitche" un péquiste, en argumentant qu'il ne faut JAMAIS attaquer un autre péquiste: y pas a de quoi rire...
Puis je vous ai lu.
Voilà qu'encore, tel un gargantuesque gateau dont les étages n'arrêtent plus de s'empiler, que je tombe sur un papier de vous, daté de 2011, où déjà, vous formuliez ce même reproche aux péquistes! Déjà, vous vous éleviez au-dessus de la foulée et décidiez de ce que sont les péquistes - de ce qu'ils devraient faire, penser, croire, rêver... Déjà, tel un dieu souverain, vous traciez la ligne du bien et du mal de la politique québecoise, et particulièrement des souverainistes/indépendantistes. Déjà, vous les accusiez, tout benoîtement, et ce sans jamais vous remettre vous-même en question, d'être tous reponsables des maux qui saillent sous le ciel de lys...
Mais c'est que c'est de vous, madame, dont vous parlez! L'omniscience, sachez-le, n'est jamais qu'une fraude... à fuir comme la peste noire, je vous le dis! Nul n'est crédible que s'il s'expose, que s'il passe aux aveux... Or dans tout ceci, c'est vous-même la péquiste, la reine péquiste. La lionne, n'est-ce pas?
"Tout écrit est la confession de son auteur" (Nietzsche), c'est vous qui faites un pas d'avant, deux de reculon. C'est encore vous, madame Moreno, qui mettez la charue devant les boeufs : tout ça, c'est et ne sera jamais que vous! Le comble, c'est qu'une fois encore vous attaquez les péquistes, et de même, c'est vous la péquiste!
Trahis derechef, les péquistes en réécrivent même leur nom : Pékispe...
Sonny Champagne